Les nouveaux objectifs de développement durable (ODD) accordent une place de choix à l’habitat. Dans le secteur urbain, la nouvelle politique nationale de l’habitat en cours d’élaboration intègre bien ces objectifs. Le constat d’un développement croissant des quartiers anarchiques et spontanés, corolaire d’une prise en compte marginale de la ville et de ses besoins dans les politiques publiques est de plus en plus partagé. Le traitement minimal des besoins d’amélioration de l’Habitat, de construction de logements sociaux et d’offre des services et équipements collectifs essentiels aux quartiers urbains marginalisés par le Document de Stratégie pour la Croissance et l’emploi (DSCE) et la Politique National de l’Habitat (PNH) est évident : A titre d’exemple, pour le Cameroun, le DSCE envisage de construire 17.000 logements et d’aménager 50.000 parcelles pour les dix prochaines années, alors qu’on estime à 80.000 logements/an les besoins en logements pour les seules villes de Yaoundé et Douala. La PNH quant à elle prévoit de construire entre 300 000 et 500 000 logements d’ici 2035 alors que les besoins en logements nouveaux sont estimés à environ 2600 000 contre 2 400 000 logements anciens à rénover

L’habitat rural et spontané urbain pour leur part connaissent une grave crise en terme d’adéquation aux normes et standards : moins de 10% de logements ruraux disposent de toilettes, moins de 3% d’un système d’assainissement, 43% n’ont pas de dispositif d’accès à l’eau potable. 80% de logements urbains (informels) sont exclus des systèmes d’assainissement formel, moins de 10% sont raccordés au réseau d’eau potable. Par ailleurs, le foncier bâtit est à 90% non aménagé, non planifié, non programmé.

 Le droit à la ville n’est pas débattu, encore moins reconnu. La ville est considérée tantôt comme une propriété ethno-communautariste, tantôt comme un produit du commerce libéral. Le droit à un logement adéquat est donc reconnu, mais faiblement traité, respecté et protégé.

 Par ailleurs, le droit à la ville n’est pas débattu, encore moins reconnu. La ville est considérée tantôt comme une propriété ethno-communautariste, tantôt comme un produit commercial libéral. Le droit à un logement adéquat est reconnu, mais faiblement traité, respecté et protégé.

     La modestie de la volonté politique en matière d’habitat et de développement urbain témoigne des difficultés que les dispositifs publics et privés intervenant dans le champ de l’Habitat au Cameroun et en Afrique rencontrent jusqu’à présent pour répondre aux défis qui les interpellent. Les conséquences de l’inertie et du désordre urbains sur les habitants, tout particulièrement sur les couches sociales défavorisées sont assez graves et impactent sur la démocratisation et le développement socio-économique de façon générale.

Conscients de cette situation, le Réseau National des habitants du Cameroun (RNHC), la plateforme des promoteurs de mutuelles et coopératives d’habitat du Cameroun, les organisations de la société civile membres du Comité d’Initiative de la Triennale des Habitants et de la Coalition des OSC pour l’Habitat social au Cameroun et leurs partenaires se sentent interpeller et veulent participer à une proposition d’alternatives.

 

La Triennale 2004 avait consolidé le processus de construction du mouvement et l’affirmation du RNHC ainsi que de la société civile à agir pour le renouvellement de la gouvernance urbaine centrée sur le dialogue et un partenariat authentique entre les trois (03) segments essentiels de la société : que sont : 

  • LE GOUVERNEMENT ;
  • LES ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE ;
  • DES ENTREPRISES DU SECTEUR MARCHAND.

 Cette grande mobilisation a permis surtout de réaffirmer l’ambition principale du RNHC de faire participer activement les habitants des quartiers défavorisés à l’évolution des villes, des villages et des communautés locales vers plus d’équité, plus de solidarité, plus de démocratie, un meilleur accès aux droits et  devoirs, ainsi qu’un plus grand respect de la diversité culturelle sans laquelle la paix et le progrès tant recherchés ne peuvent se réaliser. La mise en place de nombreuses Mutuelles de santé, la diffusion des Budgets participatifs communaux, sont des preuves de l’utilité de cette édition de la Triennale.

La seconde édition de la Triennale du RNHC qui s’était tenue à Foumban, dans la province de l’Ouest du Cameroun, du 20 au 24 novembre 2007, s’était voulu précurseur d’un espace national relié aux espaces locaux d’échanges, de concertation, de mutualisation, de formation à l’action citoyenne, de dialogue tri articulés (Etat – marché – OSCC), de participation et de formulation des paroles collectives citoyennes face aux enjeux et aux défis du développement et de la démocratie au Cameroun. Les coopératives et mutuelles d’habitat qui se multiplient ça et là dans le pays sont entre autres une des conséquences de cette dernière édition.

La troisième édition de la Triennale des Habitants de Maroua 2010 a été précurseur d’une stratégie nationale en matière de financement du logement social et mobilisatrice des acteurs en vu de sa mise en œuvre. Les coopératives d’habitat qui naissent ça et là en sont, avec les progrès réalisés dans la formulation de la stratégie nationale de l’habitat ainsi que dans l’amélioration du cadre règlementaire et institutionnel, entre autres, quelques effets induits de cet important évènement qui a mobilisé près de 500 participants. Les solutions alternatives de logement pro-pauvres, des actions d’accompagnement judiciaires, juridiques, administratifs et les campagnes de résistances qu’on enregistre de plus en plus sont quelques conséquences de cette édition.

 La Quatrième édition de la Triennale des habitants, Yaoundé 2014, a marqué le passage de l’approche basée sur la proposition de contributions complémentaires à l’approche droit, caractérisée par l’organisation des résistances, la mobilisation sociale, le contrôle citoyen et démocratique de la ville et la mise en œuvre d’alternatives aux politiques urbaines néolibérales. Elle a ouvert les débats sur les principes du droit à la ville préalable à la réalisation du droit au logement adéquat.

 La cinquième renforcera le dialogue sur les principes et les perspectives du droit à la ville au Cameroun et en Afrique. Elle donnera l’occasion d’identifier des actions concrètes pour renforcer l’observatoire du logement social et contribuer à loger 5 000 000 de ménages d’ici 2035.